Les droits économiques et sociaux doivent-ils précéder les droits civils et politiques ?
Le cas d'Haïti
Lonège OGISMA, Haïti
Membre en ligne du Réseau Droits et Démocratie
Depuis vingt ans, en Haïti, les acquis en termes de droits civils et politiques sont compromis. La détérioration des droits économiques et sociaux, visible pour plus d'un, en est la cause. En effet, les troubles sociopolitiques et les actes de vandalisme qu'a connus Haïti de 2000 à 2006 ont laissé des séquelles sans précédent. Pour juguler les actes de vandalisme, les autorités ont été contraintes de renforcer les forces de l'ordre afin de consolider les minces acquis en droits civils et de garantir les droits économiques et sociaux et assurer un climat de sécurité.
Dans les villes de province, à la campagne et dans les milieux défavorisés à Port-au-Prince, les conditions socioéconomiques laissent à désirer. Pensons par exemple, aux agriculteurs qui, livrés à eux-mêmes, travaillent sans assistance technique (Photo ci-contre)
et aux femmes qui, assurant le commerce entre les villes, sont à la merci des bandits de routes.
Ces situations inquiétantes peuvent avoir un impact sur les droits civils des différents pans de la population haïtienne. En effet, les hommes et femmes politiques peuvent très bien tirer profit des conditions de vie précaire de tous ces gens pour leur faire des promesses vides et ainsi affecter le vote. Si un tel scénario se réalisait durant l'une des élections prévues pour 2010, la démocratie tant espérée peinerait d'autant plus à s'instaurer au pays.
Les conditions infrahumaines en Haïti ont pour cause les catastrophes naturelles qui détruisent les infrastructures économiques et les crises politiques répétées. De plus, on observe une culture d'attentisme chez les Haïtiens. En effet, les gens relativement mieux instruits ne visent qu'un horizon très rapproché, et avec le temps, on finit par croire qu'ils n'attendent que l'assistance étrangère. Par contre, dans le bas échelon, des gens se lancent dans la ferronnerie, la charpente, la restauration ambulante, la réparation de pneus et les taxi-motos afin de ne pas subir le poids de la misère.
Quant aux droits civils et politiques, les dernières élections laissent planer de grandes inquiétudes, et le faible taux de participation y est pour quelque chose. Or le fait que la population n'ait que peu voté est le signe qu'elle est insatisfaite des actions prises par les autorités élues pour accroître son niveau de vie. En bout de ligne, le peuple n'a pas mandaté les gens qui aujourd'hui mènent les affaires de l'État; encore une autre entrave pour la jeune démocratie, qui doit pourtant être consolidée.
Dans certaines poches de pauvreté, on fait preuve d'une très grande débrouillardise alors que dans d'autres, la misère s'installe. D'un côté, les enfants qui devraient être en salle de classe travaillent pour subvenir à leurs besoins; de l'autre, l'éducation des femmes à la planification familiale est presque inexistante et le droit à l'avortement n'est pas garanti.
Ces situations préoccupantes risquent de mettre en péril les avancées qu'a connues le pays en matière de droits politiques depuis vingt ans. Pour consolider ces droits, les autorités gouvernementales auraient intérêt à investir pour garantir les besoins essentiels (alimentation et nutrition, santé, éducation et emploi) dans tout le pays pour libérer les populations de la campagne et des bidonvilles de l'emprise de certains hommes politiques qui ne les utilisent que pour accéder au pouvoir.
[Cet article d'opinion ne reflète pas nécessairement les vues du Réseau ni de Droits et Démocratie.]
