4 mois au Tribunal pénal international pour le Rwanda

Par Lmor Jop

Le génocide rwandais
Quelque 800 000 personnes : c'est le nombre de Rwandais massacrés lors de l'un des plus grands  génocides qu'aient connus le continent africain. Le meurtre du président Habiyarimana, le 6 avril 1994, a été le point de départ du massacre ciblé de la population Tutsi rwandaise.

Le Tribunal
Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) est basé à Arusha, au Nord de la Tanzanie, un choix qui s'explique principalement par la stabilité politique du pays. L'ONU à déployé des moyens exceptionnels pour sécuriser le site, afin de minimiser les risques d'attentat terroriste comme celui de Dar Es Salam en 1998.

 

Le stage

J'ai passé quatre mois au département des Affaires extérieures et de la Planification stratégique du TPIR, de juin à octobre 2009. La première chose qui a attiré mon attention, mis à part les  imposants 4x4 blancs garés dans la cour principale, est la diversité des langues parlées et des nationalités des gens qui travaillent au Tribunal. Rien que dans la section de la presse, en plus de l'anglais qui est la langue majoritaire, il est fréquent d'entendre  parler le français, le swahili, l'hindi, le wolof... l'environnement est vraiment particulier. Pendant mon séjour à Arusha, j'ai eu à écrire des communiqués de presse annonçant la venue d'un juge maltais ou russe ou encore à rédiger le portrait d'un magistrat originaire des Iles Saint-Christophe-et-Niévès, un État fédéral  des Antilles. (photo: Katie Martin, "Rwanda's Most wanted" A Collection of Genocide Photographs (Nov 2007) prise sur Flick.)

L'un des événements qui m'a le plus marqué durant mon séjour est la capture de deux  des principaux accusés : en huit semaines, l'équipe d'enquêteurs a réussi à mettre la main sur deux fugitifs majeurs. Le premier, Grégoire Ndahimana, a été appréhendé le 11 août 2009 en République démocratique du Congo; le second, Idelphonse Nizeyimana, est tombé dans la souricière le 5 octobre 2009 alors qu'il s'apprêtait à prendre l'avion à l'aéroport de Kampala, en Ouganda. Le traitement rapproché de ces deux cas nous a tenus en halène pendant quelques semaines.

Nizeyimana, ancien officier supérieur du renseignement, est l'un des accusés qui doit être jugé en priorité par le TPIR. Dès le lendemain de son arrestation, il a été transféré à la facilité de détention des Nations unies (UNDF) à Arusha et son jugement a débuté dans les semaines qui ont suivi. Un certain lapse de temps s'est écoulé entre l'arrestation de Nizeyimana, le moment où notre bureau a reçu l'information sur son arrestation et la publication du communiqué. En fait, sur ordre du patron, nous ne pouvions pas confirmer l'information aux journalistes de la presse internationale tant que l'accusé n'avait pas été mis en sécurité à la UNDF. Vous pouvez imaginer que le chef n'était pas très content lorsqu'il a vu à la télé un  reporter de la BBC, depuis sa base de Nairobi, relater l'information.

Travailler pendant 16 semaines dans les arcanes du système onusien est l'expérience d'une vie.  J'ai appris en trois mois ce qu'on enseigne à l'université durant une année. 

Mon souhait maintenant, c'est de voir les 11 fugitifs restants entre les mains de la justice, pour que leurs procès servent de leçons aux dirigeants africains et à ceux du monde en général.

Ce texte ne reflète pas nécessairement l'opinion du Réseau ou celle de Droits et Démocratie.